Le marché : concurrence, prix et défaillances
Prérequis de première sur lequel cinq chapitres de terminale s'appuient : offre, demande, prix d'équilibre, surplus, élasticité, pouvoir de marché et les trois défaillances du marché.
SES · fiche gratuite · prérequis de première · 21 min de lecture
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Les notions à maîtriser
Marché : lieu de rencontre entre une offre et une demande, d'où émerge un prix. Pas forcément un lieu physique. Surtout : ce n'est pas un état de nature, c'est une institution — il suppose des règles, des droits de propriété définis et une autorité capable de les faire respecter. Cette phrase vaut souvent le premier point d'une introduction.
Concurrence pure et parfaite (CPP) : modèle théorique à cinq conditions — atomicité (beaucoup d'offreurs et de demandeurs, tous petits), homogénéité du produit, libre entrée et sortie, transparence de l'information, libre circulation des facteurs de production. C'est un étalon de comparaison, pas une description du monde réel.
Preneur de prix (price taker) : en CPP, aucun agent ne peut influencer le prix ; il le subit et décide seulement des quantités.
Offre : quantité que les producteurs acceptent de vendre à chaque prix. Croissante avec le prix. Demande : quantité que les consommateurs acceptent d'acheter à chaque prix. Décroissante avec le prix.
Prix d'équilibre : le prix unique qui égalise quantité offerte et quantité demandée. Quantité d'équilibre : la quantité effectivement échangée à ce prix.
Surplus du consommateur : écart entre ce que l'acheteur était prêt à payer et ce qu'il paie réellement. Surplus du producteur : écart entre le prix reçu et le prix minimal auquel il aurait accepté de vendre. Leur somme mesure le surplus collectif, c'est-à-dire le gain à l'échange.
Élasticité-prix de la demande : (variation en % de la quantité demandée) ÷ (variation en % du prix). Négative en général ; on raisonne sur sa valeur absolue. Supérieure à 1 = demande élastique (sensible au prix) ; inférieure à 1 = inélastique (peu sensible).
Pouvoir de marché : capacité d'une entreprise à fixer un prix supérieur à son coût marginal sans perdre toute sa clientèle.
Externalité : effet de l'activité d'un agent sur le bien-être d'un autre, sans compensation monétaire. Négative (pollution, congestion) ou positive (recherche, vaccination, apiculture).
Bien collectif : bien non rival (ma consommation ne réduit pas celle des autres) et non excluable (on ne peut pas en priver celui qui ne paie pas). Éclairage public, défense nationale, air pur.
Asymétrie d'information : une des deux parties en sait plus que l'autre. Avant la signature du contrat → sélection adverse ; après → aléa moral.
Pourquoi un chapitre de première sur un site de terminale. C'est un chapitre du programme de première, et aucun sujet de bac ne porte directement dessus. Il est pourtant celui qu'on mobilise le plus souvent sans le nommer — et un correcteur voit tout de suite la différence. Cette fiche ne rapporte pas de points toute seule : elle en fait gagner dans cinq autres chapitres.
Les cinq chapitres de terminale qui s'appuient dessus
- Chômage : le marché du travail est un marché. Le salaire minimum est un prix plancher, les rigidités s'analysent comme des écarts à la CPP, l'asymétrie d'information explique une partie du chômage frictionnel.
- Action publique pour l'environnement : les quatre instruments du programme (réglementation, marchés de quotas d'émission, taxation, subvention à l'innovation verte) sont quatre réponses à une externalité négative. Sans la notion d'externalité, la question n'a littéralement pas d'énoncé.
- Commerce international : le libre-échange raisonne sur des marchés ouverts ; le protectionnisme est une distorsion de prix.
- Crises financières : l'aléa moral (« too big to fail ») et la sélection adverse (subprimes) sont au cœur du chapitre.
- Croissance : les externalités positives de la connaissance justifient que le marché seul sous-investisse en R&D — c'est l'argument central de la croissance endogène.
1. Le marché concurrentiel : les cinq conditions
Le modèle de CPP ne sert pas à décrire la réalité, il sert à mesurer l'écart avec elle. Chacune des cinq conditions, quand elle tombe, porte un nom et produit un effet :
| Condition | Ce qui se passe si elle tombe |
|---|---|
| Atomicité | Monopole, oligopole → pouvoir de marché |
| Homogénéité | Différenciation → concurrence monopolistique |
| Libre entrée/sortie | Barrières à l'entrée → rente durable |
| Transparence | Asymétries d'information → sélection adverse, aléa moral |
| Libre circulation des facteurs | Mauvaise allocation des ressources |
Le tableau se retient dans ce sens-là : on part du défaut observé et on remonte à la condition violée. C'est exactement le raisonnement qu'un sujet attend.
2. Offre et demande : la distinction qui fait la différence
La demande décroît avec le prix parce que, quand le prix monte, certains acheteurs renoncent (effet de participation) et les autres achètent moins (effet de substitution vers d'autres biens). L'offre croît avec le prix parce qu'un prix plus élevé rend rentable la production d'unités plus coûteuses.
L'erreur la plus fréquente de l'année est ici
- un déplacement LE LONG de la courbe : seul le prix du bien a changé. La courbe ne bouge pas, on se déplace dessus ;
- un déplacement DE LA COURBE entière : autre chose que le prix a changé.
Ce qui déplace la courbe de demande : le revenu, le prix des biens substituables ou complémentaires, les goûts, le nombre de consommateurs, les anticipations. Ce qui déplace la courbe d'offre : le coût des facteurs (salaires, matières premières), la technologie, la fiscalité, le nombre de producteurs.
Exemple à savoir refaire : le prix de l'essence augmente → la demande de voitures thermiques baisse (courbe de demande de voitures déplacée vers la gauche, car l'essence est un bien complémentaire), pendant que la demande d'essence, elle, ne fait que glisser le long de sa propre courbe.
3. L'équilibre, et comment on y arrive
Au-dessus du prix d'équilibre, l'offre excède la demande : excès d'offre (invendus) → les vendeurs baissent leurs prix. En dessous : excès de demande (pénurie) → les acheteurs surenchérissent. Le prix converge vers le point unique où les deux quantités s'égalisent. C'est le tâtonnement.
À retenir : le prix n'est pas seulement un montant, c'est un signal et un mécanisme d'allocation des ressources. Il dit simultanément aux consommateurs de réduire leur consommation et aux producteurs d'en produire plus. Aucune autorité centrale n'a eu besoin de connaître les préférences de qui que ce soit.
4. Surplus, et ce qu'une intervention en fait
Le surplus collectif est maximal au prix d'équilibre en CPP. Toute intervention qui écarte le prix de ce niveau crée une perte sèche (ou perte de surplus collectif) : des échanges qui auraient été mutuellement avantageux n'ont plus lieu.
- Taxe : le prix payé par l'acheteur monte, le prix reçu par le vendeur baisse, la quantité échangée diminue. L'État récupère une recette, mais la somme des surplus perdus par les deux parties est supérieure à cette recette : la différence est la perte sèche. Qui supporte le plus la taxe ? Celui dont l'élasticité est la plus faible — c'est pourquoi les taxes sur le tabac ou le carburant pèsent surtout sur les consommateurs.
- Prix plafond (loyers encadrés) : fixé sous l'équilibre, il crée une pénurie durable et des files d'attente.
- Prix plancher (salaire minimum) : fixé au-dessus de l'équilibre, il crée un excès d'offre — sur le marché du travail, du chômage dans le cadre de ce modèle.
Nuance attendue d'une bonne copie : ces conclusions valent dans le modèle de CPP. Dès qu'il y a pouvoir de marché côté employeur (monopsone) ou externalité, une intervention peut au contraire augmenter le surplus collectif. Une copie qui écrit « toute intervention détruit du surplus » sans cette réserve est une copie qui récite.
5. L'élasticité-prix, concrètement
| Valeur absolue | Nom | Exemples |
|---|---|---|
| > 1 | demande élastique | voyages, biens de loisir, marque précise face à ses concurrentes |
| < 1 | demande inélastique | pain, électricité, tabac, médicaments |
| ≈ 0 | demande parfaitement inélastique | insuline pour un diabétique |
Deux usages qui tombent souvent : une demande inélastique signifie qu'une hausse de prix augmente le chiffre d'affaires ; et c'est la partie inélastique du marché qui supporte l'essentiel d'une taxe.
6. Quand la concurrence est imparfaite
- Monopole : un seul offreur. Il fixe un prix supérieur au coût marginal, produit moins et vend plus cher qu'en concurrence. Origines : barrière légale (brevet), monopole naturel (coûts fixes énormes — rail, réseaux), contrôle d'une ressource.
- Oligopole : quelques offreurs, interdépendants. Chacun doit anticiper la réaction des autres — d'où la théorie des jeux et le dilemme du prisonnier : chacun a intérêt à tricher sur l'accord, et tout le monde finit moins bien qu'avec l'accord.
- Concurrence monopolistique : beaucoup d'offreurs mais des produits différenciés (publicité, marque, qualité, localisation). Chacun détient un petit monopole sur « sa » variété.
- Entente / cartel : accord pour fixer les prix ou se partager le marché. Illégal, et sanctionné par l'Autorité de la concurrence en France et par la Commission européenne.
La politique de la concurrence répond à ces situations : contrôle des concentrations (autoriser ou refuser une fusion), sanction des abus de position dominante, lutte contre les ententes. Attention à la formulation : elle ne sanctionne pas le fait d'être en position dominante, elle sanctionne l'abus de cette position.
7. Les trois défaillances du marché
Un marché peut fonctionner parfaitement selon ses propres règles et aboutir quand même à un résultat collectivement mauvais. Trois cas, à connaître avec un exemple chacun :
- Externalités. Le prix ne reflète pas le coût social. Une usine qui pollue supporte son coût privé, pas le coût subi par les riverains : elle produit trop. Remède : internaliser l'externalité — taxe pigouvienne, marché de quotas, réglementation, ou négociation entre parties si les droits de propriété sont bien définis (Coase).
- Biens collectifs. Non rivaux et non excluables, donc personne n'a intérêt à payer pour un bien dont il profitera de toute façon : c'est le passager clandestin. Le marché les sous-produit ou ne les produit pas. Remède : financement public par l'impôt.
- Asymétries d'information. Sur le marché des voitures d'occasion d'Akerlof, l'acheteur ne distingue pas les bonnes des mauvaises ; il ne propose qu'un prix moyen ; les vendeurs de bonnes voitures se retirent ; la qualité moyenne baisse encore. C'est la sélection adverse, et à la limite le marché disparaît. L'aléa moral vient après le contrat : un assuré tous risques conduit moins prudemment. Remèdes : signaux (diplôme, garantie, label), franchises, obligation de transparence.
Les erreurs qui coûtent le plus
- Confondre déplacement le long de la courbe et déplacement de la courbe. C'est la faute n°1, et elle se voit immédiatement sur un schéma.
- Écrire que le marché « fixe » le prix comme s'il s'agissait d'une volonté. Le prix émerge de la confrontation.
- Traiter la CPP comme une description de l'économie réelle au lieu d'un modèle de référence.
- Confondre sélection adverse (avant le contrat) et aléa moral (après).
- Confondre bien collectif (non rival, non excluable) et bien public au sens de « produit par l'État ». Un bien peut être produit par l'État sans être un bien collectif — et inversement.
- Dire qu'une externalité est « un effet indirect ». La définition exige l'absence de compensation monétaire : sans ce mot, la notion est fausse.
- Oublier que le monopole produit moins, pas seulement plus cher.
Pour réviser la veille, en cinq lignes
Le marché est une institution, pas un état de nature. L'offre monte avec le prix, la demande descend, leur croisement donne le prix d'équilibre, qui maximise le surplus collectif sous les cinq conditions de la CPP. Une taxe, un prix plancher ou un prix plafond écartent de cet équilibre et créent une perte sèche, supportée surtout par le côté le moins élastique. Quand une des cinq conditions tombe, on obtient du pouvoir de marché ou une asymétrie d'information. Et même parfaitement concurrentiel, un marché échoue sur trois terrains — externalités, biens collectifs, information — ce qui justifie l'action publique, y compris dans les chapitres de terminale.
Vérifié le 13/10/2026 : ce chapitre relève du programme officiel de l'enseignement de spécialité de sciences économiques et sociales de première (arrêté du 17-1-2019, NOR MENE1901639A, BO spécial n° 1 du 22 janvier 2019), classé « en vigueur » par éduscol à cette date — c'est pourquoi cette fiche est un prérequis et non un chapitre de terminale.
Teste-toi — 9 questions corrigées
Réponds sans regarder la fiche : la correction et l'explication s'affichent après chaque réponse.
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Les cinq conditions de la concurrence pure et parfaite sont :
Réponse : atomicité, homogénéité, libre entrée et sortie, transparence, libre circulation des facteurs. Le modèle sert d'étalon : chaque condition qui tombe porte un nom (atomicité → pouvoir de marché, homogénéité → concurrence monopolistique, transparence → asymétries d'information). Savoir les cinq permet de remonter du défaut observé à la condition violée. « Preneur de prix, prix unique d'équilibre, surplus collectif maximal » énumère les CONSÉQUENCES du modèle et non ses conditions. La différenciation des produits est l'exact contraire de l'homogénéité. Et l'absence d'intervention publique n'est pas une condition de la CPP : la cinquième est la libre circulation des facteurs de production. -
Le prix d'équilibre sur un marché concurrentiel :
Réponse : émerge du tâtonnement et égalise quantité offerte et quantité demandée. Au-dessus de ce prix, les invendus poussent les vendeurs à baisser ; en dessous, la pénurie pousse les acheteurs à surenchérir. Personne ne décide : le prix est un signal qui alloue les ressources sans qu'aucune autorité n'ait besoin de connaître les préférences de qui que ce soit. -
Le prix de l'essence augmente fortement. Sur le marché des voitures thermiques, cela se traduit par :
Réponse : un déplacement de la courbe de demande de voitures vers la gauche. L'essence est un bien complémentaire de la voiture. Comme ce n'est pas le prix DE LA VOITURE qui change, la courbe elle-même se déplace (vers la gauche : moins demandé à chaque prix). On ne glisse le long d'une courbe que lorsque le prix du bien lui-même varie — c'est la distinction la plus souvent ratée du chapitre. -
Le marché, en science économique, est d'abord :
Réponse : une institution, avec des règles et des droits de propriété. Le marché ne fonctionne que si des droits de propriété sont définis et qu'une autorité peut faire respecter les contrats. Écrire cette phrase en introduction montre qu'on ne confond pas marché et absence d'État. -
Un prix plancher, comme un salaire minimum, est fixé :
Réponse : au-dessus du prix d'équilibre, et crée un excès d'offre. Un plancher n'a d'effet que s'il est au-dessus de l'équilibre : l'offre dépasse alors la demande. Sur le marché du travail, cet excès d'offre s'appelle du chômage — dans le cadre de ce modèle seulement, et une bonne copie ajoute cette réserve. -
Une externalité négative se définit par :
Réponse : un coût imposé à un tiers sans compensation monétaire. Sans les mots « sans compensation monétaire », la définition est fausse : si le tiers est dédommagé par le prix, il n'y a pas d'externalité. C'est cette absence de prix qui empêche le marché d'intégrer le coût social et justifie la taxe, les quotas ou la réglementation. -
Un bien collectif, au sens économique, est un bien :
Réponse : non rival et non excluable. La définition est technique, pas institutionnelle : ma consommation ne réduit pas celle des autres, et on ne peut pas en priver celui qui ne paie pas. D'où le passager clandestin, et le fait que le marché sous-produise ces biens. -
Par rapport à un marché concurrentiel, un monopole :
Réponse : produit moins et vend plus cher. Le monopole fixe un prix supérieur à son coût marginal et restreint les quantités : les deux effets vont ensemble, et les copies n'en retiennent souvent qu'un. Par ailleurs la position dominante n'est pas illégale en soi — seul l'ABUS de position dominante est sanctionné. -
Sur le marché des voitures d'occasion d'Akerlof, la qualité moyenne des véhicules vendus baisse parce que :
Réponse : les vendeurs de bonnes voitures se retirent d'un marché au prix moyen trop bas. C'est la sélection adverse : l'acheteur ne distingue pas les bonnes des mauvaises voitures, il ne propose qu'un prix moyen, les bons vendeurs partent, la qualité baisse encore. L'asymétrie joue AVANT le contrat — après, ce serait l'aléa moral. Ni entente ni prix imposé : le prix moyen émerge de l'ignorance de l'acheteur, et c'est lui qui chasse les bonnes voitures.
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