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Fiches › Étudier les divisions politiques du monde : les frontières

Étudier les divisions politiques du monde : les frontières

Frontière, souveraineté, limite et front, délimitation contre démarcation, horogenèse et « frontières naturelles ». Tordesillas 1494, Berlin 1884-1885, Sykes-Picot 1916, Schengen 1985, Montego Bay 1982, le Brexit. Les 12 et 200 milles marins, et pourquoi Union européenne, espace Schengen et zone euro ne se superposent pas. Deux dissertations déroulées, introduction et conclusion rédigées.

HGGSP · prérequis de première · fiche gratuite · 16 min de lecture

Une frontière n'est pas une ligne sur le sol : c'est une ligne de droit projetée sur le sol, et tout le thème tient dans cet écart. Les trois autres chapitres de HGGSP en accès libre — fiche + QCM corrigé, sans compte, sans email : Méthode : dissertation et étude critique, Analyser les relations entre États et religions et Comprendre un régime politique : la démocratie. Ou reçois l'accès à tes chapitres gratuits par email.

Avant de commencer : une réserve honnête sur le programme

Cette fiche couvre les notions, les repères et les études de cas que le thème « les frontières » mobilise à peu près partout. En revanche, le découpage exact en axes et en jalons peut varier selon l'édition du programme et selon le choix de votre professeur : la liste des jalons retenus dans votre classe prime sur l'architecture proposée ici. Vérifiez-la dans votre cours. Ce qui suit est structuré pour être réutilisable quel que soit ce découpage, parce que l'épreuve n'interroge pas un jalon pour lui-même : elle interroge votre capacité à problématiser une frontière.

Pourquoi ce chapitre est classé « poids 3 » alors qu'il relève du programme de première : les chapitres de terminale Faire la guerre, Faire la paix et De nouveaux espaces de conquête emploient sans les redéfinir les mots souveraineté, délimitation, ZEE, espace Schengen. Un élève qui ne les maîtrise pas perd des points en terminale, sur une copie qui ne portait pas sur les frontières.

Les notions à maîtriser

Frontière : limite de l'exercice de la souveraineté d'un État. Retenez la formule : ce n'est pas une ligne sur le sol, c'est une ligne de droit projetée sur le sol. Tout le thème tient dans cet écart entre le droit et le terrain.

Souveraineté : pouvoir de dernier ressort sur un territoire et sur sa population — faire la loi, la faire appliquer, n'obéir à aucune autorité supérieure. La frontière est ce qui la rend visible et opposable.

Limite / frontière : toute limite n'est pas une frontière. Une limite administrative (départements, régions) sépare des échelons d'un même État souverain. Une frontière sépare deux souverainetés. Erreur de copie très fréquente.

Front / frontière (à ne jamais confondre) : le front est une zone mobile de conquête ou d'affrontement ; la frontière est une ligne fixée par le droit. L'historien américain Frederick Jackson Turner a bâti en 1893 sa thèse de la Frontier sur ce sens de front pionnier mobile — et l'anglais border/frontier ne recoupe pas le français.

Délimitation : opération juridique — un traité fixe le tracé sur une carte.

Démarcation : opération matérielle — on va poser les bornes, les barrières, les postes sur le terrain.

La distinction rapporte des points : une frontière peut être délimitée depuis des décennies et jamais démarquée, ou démarquée à un endroit où le traité dit autre chose. Les conflits frontaliers naissent presque toujours dans cet écart.

Horogenèse : la naissance d'une frontière, son processus de création. Terme employé par le géographe Michel Foucher (L'Obsession des frontières), la référence la plus citable du thème.

Frontière naturelle : expression piégée. Un fleuve ou une crête ne fabrique aucune frontière par lui-même : c'est une décision politique qui choisit de s'appuyer dessus, et souvent après coup, pour se donner une apparence d'évidence. En dissertation, écrivez « frontière dite naturelle » ou mettez l'expression entre guillemets : le correcteur voit immédiatement que vous n'êtes pas dupe.

Frontière géométrique : tracé rectiligne, indifférent au terrain et aux sociétés (méridiens, parallèles). Le 49e parallèle entre les États-Unis et le Canada ; une grande partie des frontières africaines.

Frontière fantôme : frontière disparue du droit mais qui continue de se lire dans les comportements, les votes, les paysages (l'ancienne limite entre les deux Allemagnes, les partages de la Pologne).

Marche, limes, glacis : formes antérieures à la frontière linéaire moderne — des zones, des épaisseurs, des profondeurs défensives, non des lignes. Le limes romain est une zone de contact et d'échange, pas un mur étanche : le dire évite le contresens le plus courant.

Mer territoriale / ZEE / plateau continental : la souveraineté se projette aussi en mer (voir plus bas les chiffres de la convention de Montego Bay). Le lien avec le chapitre de terminale De nouveaux espaces de conquête est direct.

Frontière ouverte / fermée / militarisée : trois états réversibles d'une même frontière. Une frontière peut être ouverte aux marchandises et fermée aux personnes — c'est même la situation la plus répandue. Dire « la frontière s'ouvre » sans préciser pour qui et pour quoi est le contresens numéro un du thème.

Les repères à connaître par cœur

DateFaitCe qu'il prouve
7 juin 1494Traité de Tordesillas : Espagne et Portugal se partagent le monde à découvrir par un méridien situé à 370 lieues des îles du Cap-VertOn peut tracer une frontière sur un espace qu'on n'a pas vu : la frontière précède la connaissance du terrain
1648Traités de WestphalieLecture classique : naissance du système d'États souverains territorialisés. À nuancer : les historiens montrent que le processus est bien plus long et plus tardif. Le dire vous distingue
1884-1885Conférence de BerlinLes puissances européennes fixent les règles du partage de l'Afrique (principe d'effectivité de l'occupation). D'où l'abondance de frontières géométriques héritées
16 mai 1916Accords Sykes-PicotDes zones d'influence dessinées à distance au Proche-Orient : l'horogenèse coloniale par excellence
13 août 1961 – 9 novembre 1989Mur de BerlinUne frontière peut être bâtie contre sa propre population, pour l'empêcher de sortir
14 juin 1985Accord de Schengen (signé à Schengen, Luxembourg)La suppression des contrôles aux frontières intérieures naît hors des traités européens, entre cinq États
26 mars 1995Entrée en vigueur effective de la convention d'applicationEntre la signature et l'application : dix ans. Une frontière se défait lentement
10 décembre 1982Convention de Montego Bay sur le droit de la mer (en vigueur en 1994)La frontière devient volumique : surface, colonne d'eau, sous-sol
2004Création de Frontex, devenue en 2016 Agence européenne de garde-frontières et de garde-côtesLa frontière extérieure commune se dote d'un opérateur — et devient un objet politique
2015Crise migratoire ; rétablissement de contrôles aux frontières intérieures par plusieurs ÉtatsLe code frontières Schengen prévoit lui-même cette réversibilité
31 janvier 2020BrexitUne frontière réapparaît dans l'UE. Le cas irlandais montre ce qu'il en coûte de devoir matérialiser une frontière que personne ne veut voir

Les chiffres qu'on peut citer sans se tromper

L'erreur qui coûte le plus de points

Confondre Union européenne, espace Schengen et zone euro. Ce sont trois ensembles distincts qui ne se superposent pas, et une copie qui les confond perd sa crédibilité en une phrase.

Un exemple qui règle la question dans une copie : la Norvège est dans Schengen sans être dans l'UE ; l'Irlande est dans l'UE sans être dans Schengen. Une phrase, deux contre-exemples, le correcteur est fixé.

Sujet déroulé n°1 — dissertation

« Tracer une frontière : un acte politique ? »

Étape 1 — L'analyse des termes, avant tout plan

C'est l'étape que presque personne ne fait, et c'est celle qui décide de la note.

Problématique : dans quelle mesure le tracé d'une frontière, qui se présente souvent comme la simple reconnaissance d'une évidence géographique ou identitaire, est-il en réalité une décision de pouvoir — et que produit cette décision sur les sociétés qu'elle sépare ?

Étape 2 — Le plan détaillé

I. Tracer une frontière se donne pour un constat — et cette apparence d'évidence est déjà politique

  1. L'argument des « frontières naturelles » : le fleuve, la crête, le détroit. Mais un fleuve relie autant qu'il sépare, et c'est une décision qui choisit de le voir comme une limite.
  2. L'argument identitaire : la frontière suivrait la langue, la religion, le peuple. Or elle les fabrique autant qu'elle les suit — l'école et le service militaire nationalisent les populations après le tracé.
  3. Fonction de l'évidence : naturaliser un tracé, c'est le rendre indiscutable. Le premier effet politique du tracé est de faire oublier qu'il fut un choix.

II. Le tracé est un rapport de force, et il se lit dans la forme même de la ligne

  1. Tordesillas (1494), Berlin (1884-1885), Sykes-Picot (1916) : des frontières tracées loin du terrain, entre puissances, sans les populations concernées.
  2. La signature géométrique : les lignes droites du partage colonial disent qui a tracé, depuis où, et avec quelle connaissance du sol.
  3. La délimitation contre la démarcation : le traité dit une chose, le terrain en dit une autre — et l'écart devient un contentieux, parfois un conflit.

III. Parce qu'il est politique, le tracé est réversible — et le monde contemporain le prouve dans les deux sens

  1. On peut effacer : Schengen (1985-1995) supprime les contrôles intérieurs entre États souverains.
  2. On peut rétablir : le code frontières Schengen organise lui-même le retour des contrôles, massivement utilisé depuis 2015 ; le Brexit fait réapparaître une frontière en 2020.
  3. On peut durcir : d'une quinzaine de murs frontaliers en 1989 à plus de soixante-dix aujourd'hui. La mondialisation n'abolit pas les frontières, elle les trie — ouvertes aux marchandises et aux capitaux, fermées à certaines personnes.

Étape 3 — L'introduction, entièrement rédigée

Le 7 juin 1494, à Tordesillas, les couronnes d'Espagne et du Portugal se partagent par un méridien un monde que ni l'une ni l'autre n'a encore parcouru. Un trait sur une carte, tracé avant la connaissance des terres qu'il sépare : l'épisode dit d'emblée ce qu'est une frontière — non pas une réalité qu'on découvre, mais une limite qu'on décide. Une frontière est la limite de l'exercice de la souveraineté d'un État, c'est-à-dire une ligne de droit projetée sur un sol. Tracer, c'est accomplir l'acte qui institue cette ligne ; et qualifier cet acte de politique, ce n'est pas constater qu'il émane d'un gouvernement, mais affirmer qu'il procède d'un rapport de pouvoir et qu'il demeure, à ce titre, contestable. La question mérite pourtant d'être posée, car les tracés se présentent rarement comme des choix : ils invoquent le fleuve, la montagne, la langue ou le peuple, autant d'évidences qui semblent dispenser de toute décision. Dans quelle mesure le tracé d'une frontière, qui se donne pour la reconnaissance d'une évidence géographique ou identitaire, est-il en réalité une décision de pouvoir, et que produit cette décision sur les sociétés qu'elle sépare ? Nous verrons d'abord que l'apparence d'évidence dont se pare tout tracé constitue elle-même un geste politique, avant d'établir que la forme des frontières porte la trace des rapports de force qui les ont produites, pour montrer enfin que leur caractère politique est ce qui les rend réversibles — comme le montrent, en sens contraire, l'ouverture de l'espace Schengen et la multiplication contemporaine des murs.

Étape 4 — Un paragraphe entièrement rédigé (II. 1)

Les grands tracés de l'âge colonial ont pour caractéristique commune d'avoir été décidés à distance des espaces concernés, entre puissances, et sans les populations. La conférence de Berlin, réunie de novembre 1884 à février 1885, n'attribue pas directement des territoires, mais fixe les règles du partage de l'Afrique en consacrant le principe de l'effectivité de l'occupation : pour être reconnu maître d'un espace, il faut y installer une administration. Le résultat est immédiat et durable : les puissances européennes tracent des lignes en fonction de ce qu'elles peuvent tenir, non de ce que les sociétés africaines sont. Trente ans plus tard, les accords Sykes-Picot du 16 mai 1916 répètent le geste au Proche-Orient, en délimitant des zones d'influence française et britannique dans un empire ottoman encore debout. Dans les deux cas, la frontière n'enregistre aucune réalité préexistante : elle organise une concurrence entre États européens. On mesure ainsi que le tracé est moins un acte de connaissance qu'un acte de pouvoir — et qu'il engage l'avenir des sociétés qu'il découpe bien plus qu'il ne les consulte.

La structure de ce paragraphe, décomposée — c'est ce qu'on vous demande de reproduire, pas ce paragraphe-ci :

  1. Phrase d'idée (« ont pour caractéristique commune… ») : elle énonce l'argument, pas l'exemple. Un paragraphe qui commence par une date commence par la fin.
  2. Premier exemple daté et précisé (Berlin, 1884-1885) : la date, puis le mécanisme — ici le principe d'effectivité. Un exemple sans mécanisme n'est qu'une illustration.
  3. Conséquence explicite (« le résultat est immédiat ») : on dit ce que l'exemple prouve, sinon le correcteur doit le deviner, et il ne le devine jamais en votre faveur.
  4. Deuxième exemple qui généralise (Sykes-Picot, 1916) : il montre que le premier n'était pas une exception. Deux exemples font une tendance, un seul fait une anecdote.
  5. Phrase de bilan qui relie au titre de la partie (« moins un acte de connaissance qu'un acte de pouvoir »).

Retenez la différence entre illustrer et démontrer. Illustrer : « Par exemple, la conférence de Berlin de 1884 a partagé l'Afrique. » Démontrer : ce paragraphe. Le même fait, mais inséré dans une chaîne — idée, mécanisme, conséquence, généralisation, bilan. C'est cette chaîne qui est notée.

Sujet déroulé n°2 — dissertation

« Les frontières internes et externes de l'Union européenne sont-elles des frontières comme les autres ? »

Étape 1 — L'analyse des termes

Problématique : les frontières de l'Union européenne, qui ne coïncident ni avec celles de ses États membres ni avec celles de l'espace Schengen, constituent-elles un régime frontalier original, ou ne font-elles que déplacer le fonctionnement ordinaire d'une frontière ?

Étape 2 — Le plan détaillé

I. Une originalité réelle : à l'intérieur, la frontière a été démontée sans que la souveraineté disparaisse

  1. Schengen 1985-1995 : suppression des contrôles aux frontières intérieures. La frontière reste en droit (elle borne la compétence des États), mais cesse d'être un obstacle au passage.
  2. Les régions transfrontalières et les travailleurs frontaliers : des bassins de vie quotidiens à cheval sur une frontière.
  3. La distinction décisive : ce qui a disparu, c'est le contrôle, pas la souveraineté. La frontière n'est pas abolie, elle est désactivée — et ce qu'on désactive, on peut le réactiver.

II. Une originalité qui a un prix : l'extérieur se durcit et change de nature

  1. La frontière externe devient commune : chaque État la tient pour tous les autres. D'où Frontex (2004, refondée en 2016).
  2. Elle se dématérialise et se déplace : visas, fichiers, accords avec des États tiers. On est contrôlé avant de partir, loin de la ligne.
  3. Elle devient sélective : très ouverte aux marchandises, aux capitaux et à certains voyageurs, très fermée à d'autres. C'est l'exemple le plus pur du tri contemporain.

III. Un régime original mais fragile, que les crises ramènent vers le modèle ordinaire

  1. Depuis 2015, le rétablissement des contrôles intérieurs est devenu durable pour plusieurs États — et il était prévu par le texte lui-même.
  2. Le Brexit (2020) : une frontière externe nouvelle, et le cas irlandais comme démonstration qu'on ne peut pas toujours matérialiser une ligne sans rouvrir un conflit.
  3. Les frontières européennes ne sont donc pas d'une autre nature : elles sont le même objet politique, poussé à un degré d'ouverture inédit — et donc exposé à une réversibilité inédite.

Étape 3 — La conclusion, entièrement rédigée

Au terme de ce parcours, les frontières de l'Union européenne apparaissent bien comme un objet original, mais l'originalité ne tient pas à leur nature : elle tient au régime que les États ont choisi de leur appliquer. À l'intérieur, la frontière a été désactivée sans être abolie, puisque la souveraineté qu'elle borne demeure entière — ce que le rétablissement des contrôles après 2015 a rappelé sans qu'aucun traité ait eu besoin d'être modifié. À l'extérieur, la mise en commun d'une même ligne a produit une frontière d'un genre nouveau, déplacée vers les consulats et les États tiers, dématérialisée dans des fichiers, et surtout sélective : très ouverte aux marchandises et aux capitaux, très fermée à certaines personnes. Il n'y a donc pas, d'un côté, des frontières européennes et, de l'autre, des frontières ordinaires, mais un même objet politique porté à un degré d'ouverture inédit, et pour cette raison même exposé à une réversibilité inédite. Le Brexit en offre la démonstration la plus nette : une frontière peut réapparaître en droit du jour au lendemain, et c'est alors le terrain — en l'occurrence l'île d'Irlande — qui rappelle le coût de la démarcation. Reste une question que le thème laisse ouverte et que les débats sur les élargissements relancent : si la frontière externe se déplace à mesure que l'Union s'étend, où l'Union européenne considère-t-elle qu'elle finit ?

La méthode de l'étude critique de document, en quatre gestes

Cette fiche ne propose pas d'étude critique déroulée, pour une raison qui vous concerne : un document officiel (texte de traité, carte, discours) doit être reproduit fidèlement, et cette fiche n'a pas pu ouvrir les sources en ligne au moment de sa rédaction. On ne fabrique pas un faux document pour s'entraîner — vous prendriez l'habitude de raisonner sur des sources inventées. Prenez le document de votre manuel et appliquez-lui ces quatre gestes :

  1. Identifier : nature, auteur, date, destinataire. Sur les frontières, la date est presque toujours l'information décisive (avant ou après 1989, avant ou après 2015).
  2. Prélever en répondant à la consigne, et citer entre guillemets. Une étude critique sans citation n'est pas une étude critique.
  3. Expliquer avec vos connaissances : c'est ici que le paragraphe rédigé du sujet n°1 vous sert de modèle.
  4. Critiquer — au sens de « mettre à distance », pas de « dire du mal » : ce que le document montre, ce qu'il tait, le point de vue qu'il occupe. Une carte des murs frontaliers ne dit rien des flux qui les franchissent malgré tout.

Auto-test avant de fermer la fiche

Répondez sans relire :

  1. Quelle différence entre délimitation et démarcation, et pourquoi les conflits naissent-ils dans leur écart ?
  2. Citez un État de Schengen non membre de l'UE et un membre de l'UE hors Schengen.
  3. Combien de milles marins pour la mer territoriale ? pour la ZEE ? Et quelle est la différence de droit entre les deux ?
  4. Pourquoi l'expression « frontière naturelle » doit-elle s'écrire entre guillemets dans une copie ?
  5. En quoi le mot « politique » du sujet n°1 ne signifie-t-il pas « gouvernemental » ?

Si vous butez sur la 3 ou la 5, relisez les notions avant de faire le QCM : ce sont les deux points que les correcteurs sanctionnent le plus.

Teste-toi — 13 questions corrigées

Réponds sans regarder la fiche : la correction et l'explication s'affichent après chaque réponse.

  1. L'espace Schengen se caractérise par…

    Réponse : la libre circulation des personnes entre États membres. Schengen supprime les CONTRÔLES aux frontières intérieures : les personnes circulent sans être contrôlées au passage. Mais les frontières juridiques demeurent (elles bornent la souveraineté de chaque État), la monnaie unique est un autre ensemble (la zone euro), et quatre membres de Schengen ne sont pas dans l'UE.
  2. Quelle est la différence entre délimitation et démarcation d'une frontière ?

    Réponse : la délimitation est l'acte juridique par lequel un traité fixe le tracé, et la démarcation la pose des bornes sur le terrain. Une frontière peut être délimitée depuis des décennies sans jamais avoir été démarquée, ou démarquée là où le traité dit autre chose. Les contentieux frontaliers naissent presque toujours dans cet écart entre la carte et le sol.
  3. Lequel de ces États appartient à l'espace Schengen sans être membre de l'Union européenne ?

    Réponse : la Norvège. La Norvège (comme l'Islande, la Suisse et le Liechtenstein) est dans Schengen sans être dans l'UE. Symétriquement, l'Irlande est dans l'UE sans être dans Schengen. Ce couple d'exemples suffit à montrer dans une copie que l'on ne confond pas les deux ensembles.
  4. Quelle est la largeur maximale d'une zone économique exclusive (ZEE) selon la convention de Montego Bay ?

    Réponse : 200 milles marins. 200 milles marins depuis la ligne de base. À ne pas confondre avec la mer territoriale (12 milles) ni avec l'extension possible du plateau continental (jusqu'à 350 milles sous conditions géologiques).
  5. Dans sa zone économique exclusive, l'État côtier…

    Réponse : exerce des droits souverains d'exploitation des ressources, sans y détenir une souveraineté pleine. C'est la nuance qui rapporte des points : la ZEE n'est pas du territoire national. L'État y détient des droits d'exploitation (pêche, hydrocarbures, énergies), mais la navigation d'autrui y reste libre. Confondre ZEE et mer territoriale est l'erreur la plus fréquente sur le droit de la mer.
  6. Que décide la conférence de Berlin (novembre 1884 – février 1885) ?

    Réponse : elle fixe les règles du partage de l'Afrique, dont le principe d'effectivité de l'occupation. Berlin n'attribue aucun territoire et ne trace aucune ligne : la conférence pose des règles, dont le principe d'effectivité de l'occupation — pour être reconnu maître d'un espace, il faut y installer une administration réelle. Elle ne distribue donc pas les colonies une à une, territoire par territoire ; et elle ne dessine pas non plus les frontières géométriques du continent, qui viendront des traités passés ensuite entre puissances. Quant à l'intérieur du continent, l'effectivité pousse au contraire à s'y enfoncer, loin des côtes, au lieu d'y cantonner les Européens. D'où des tracés dictés par ce que les puissances pouvaient tenir, et non par les sociétés africaines existantes.
  7. Dans une copie, l'expression « frontière naturelle »…

    Réponse : demande à être mise à distance, parce qu'elle présente comme donné par le relief un tracé politique. Un fleuve relie autant qu'il sépare : aucun élément du relief ne fabrique une frontière par lui-même. Écrire « frontière dite naturelle » ou employer des guillemets montre au correcteur que l'on n'est pas dupe de la naturalisation d'un choix politique. Attention aussi : il n'existe aucune catégorie de « frontière naturelle » en droit international — toute frontière repose sur un titre, traité ou héritage administratif.
  8. Le traité de Tordesillas (1494) illustre surtout le fait qu'une frontière…

    Réponse : peut être tracée sur un espace que ses auteurs n'ont pas parcouru. Espagne et Portugal se partagent par un méridien un monde encore inconnu d'eux. La frontière précède donc la connaissance du terrain : elle est une décision, pas un constat — c'est l'exemple d'ouverture idéal pour un sujet sur le tracé. Ce partage est d'ailleurs océanique (un méridien tracé en plein Atlantique) et n'a jamais été soumis aux peuples des terres partagées.
  9. Depuis la chute du mur de Berlin en 1989, le nombre de murs frontaliers dans le monde…

    Réponse : a fortement augmenté, passant d'une quinzaine à plus de soixante-dix selon les décomptes. Le décompte exact varie selon ce que l'on compte comme mur (travaux d'Élisabeth Vallet), mais l'ordre de grandeur est solide et c'est lui qui fait l'argument : la mondialisation n'abolit pas les frontières, elle les trie — ouvertes aux marchandises et aux capitaux, fermées à certaines personnes.
  10. Le rétablissement de contrôles aux frontières intérieures de l'espace Schengen depuis 2015…

    Réponse : était prévu par le code frontières Schengen lui-même, qui organise cette réversibilité. Le texte organise lui-même le retour temporaire des contrôles. C'est la preuve la plus nette que la frontière intérieure a été désactivée, non abolie : ce que l'on désactive, on peut le réactiver, et sans modifier aucun traité.
  11. Frontex, créée en 2004 et devenue en 2016 l'Agence européenne de garde-frontières et de garde-côtes, montre que la frontière extérieure de l'Union européenne :

    Réponse : est tenue en commun : chaque État la garde pour tous les autres. La frontière extérieure devient commune : chaque État la tient pour tous les autres, et c'est ce qui justifie un opérateur européen — Frontex en 2004, devenue agence de garde-frontières et de garde-côtes en 2016. Elle n'a pas disparu : ce sont les contrôles aux frontières intérieures que Schengen a supprimés, pas la ligne extérieure. Elle n'est pas non plus gardée par chaque État pour son seul compte, sinon une agence commune n'aurait aucune raison d'exister. Et elle ne coïncide ni avec l'espace Schengen ni avec la zone euro : ce sont trois ensembles distincts qui ne se superposent pas.
  12. Visas délivrés dans les consulats, fichiers consultés avant l'embarquement, accords passés avec des États tiers : ces dispositifs montrent que le contrôle de la frontière extérieure de l'Union européenne :

    Réponse : s'exerce en amont, loin de la ligne, souvent avant même le départ. La frontière extérieure se dématérialise et se déplace : on est filtré au consulat qui délivre ou refuse le visa, dans les fichiers consultés avant l'embarquement, et par les accords qui confient à des États tiers une part du filtrage. Le contrôle ne se joue donc plus seulement au passage de la ligne, et c'est exactement ce que dit une frontière « déplacée ». Il n'est pas pour autant purement informatique : consulats, transporteurs et garde-frontières restent des agents. Et il n'est pas transféré aux États tiers : ceux-ci participent au filtrage, mais la décision d'entrée reste à l'Union et à ses États membres.
  13. Sujet de dissertation : « Tracer une frontière : un acte politique ? ». Dans l'analyse des termes, qualifier le tracé d'« acte politique », c'est affirmer qu'il :

    Réponse : procède d'un rapport de pouvoir, et reste donc contestable. « Politique » ne veut pas dire « gouvernemental ». Le mot désigne ce qui relève d'un rapport de pouvoir — et ce qui, à ce titre, aurait pu être décidé autrement : le tracé reste contestable. C'est cette lecture qui commande le plan : si tracer est un rapport de force, on montre d'abord que le tracé se déguise en évidence, puis qu'il est réversible (Schengen efface, 2015 rétablit, le Brexit fait réapparaître).

    Lire « politique » comme « officiel » ou « décidé par un gouvernement » est l'erreur qui fait basculer la copie hors sujet : on décrit alors la procédure administrative d'un traité au lieu de discuter un rapport de pouvoir, et le point d'interrogation du sujet devient sans objet — personne ne conteste qu'un traité soit signé par des États.

    Les deux dernières propositions ne définissent pas le terme : ce sont les réponses « non » que le plan doit affronter. Le relief et le fleuve ne tracent rien par eux-mêmes, c'est une décision qui choisit de s'appuyer dessus, souvent après coup, pour se donner l'apparence de l'évidence (d'où « frontière dite naturelle », entre guillemets). Et la frontière fabrique la langue et le sentiment national autant qu'elle les suit : l'école et le service militaire nationalisent les populations après le tracé.

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