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Méthode : l'explication de texte

Dégager la thèse, suivre le mouvement du texte, expliquer sans paraphraser.

Philosophie · épreuve terminale, juin de terminale · fiche gratuite · 26 min de lecture

Le jour du bac, tu choisiras entre un texte et deux dissertations : les deux méthodes se préparent ensemble. L'autre méthode de l'épreuve de philosophie est elle aussi en accès libre — fiche + QCM corrigé, sans compte, sans email : La dissertation de philosophie. Ou reçois l'accès à tes chapitres gratuits par email.

Ce que l'épreuve demande exactement

Le jour du bac, trois sujets au choix : deux dissertations et un texte. L'écrit dure 4 heures et compte coefficient 8. Le texte est suivi d'une consigne invariable — « La connaissance de la doctrine de l'auteur n'est pas requise. Il faut et il suffit que l'explication rende compte, par la compréhension précise du texte, du problème dont il est question. » Cette phrase n'est pas une formalité administrative : c'est le barème, écrit noir sur blanc sur votre sujet.

Elle dit deux choses, et les deux sont contre-intuitives. Aucun cours sur l'auteur n'est attendu — beaucoup d'élèves écartent le texte parce que le nom ne leur dit rien, alors que c'est précisément le sujet où le cours manque le moins. Et l'explication doit dégager un problème, pas seulement restituer un contenu : un texte qui, dans votre copie, n'a l'air de répondre à rien n'a pas été compris.

Expliquer n'est donc ni résumer, ni juger, ni disserter sur le thème. C'est rendre explicite ce que l'auteur soutient, et par quel chemin il l'établit.

Source : note de service n° 2020-023 du 11-2-2020, NOR MENE2001789N, BO spécial n° 2 du 13 février 2020 (épreuve de philosophie de la voie générale à compter de la session 2021) ; coefficient : éduscol, épreuves terminales du baccalauréat général.

Les quatre questions du brouillon

Les cinq fonctions possibles d'un moment

  • Poser — il énonce la thèse, ou l'opinion qu'il va combattre.
  • Justifier — il donne la raison de ce qui précède (« en effet », « car »).
  • Objecter — il retourne, restreint, nuance (« mais », « pourtant »).
  • Illustrer — il prend un exemple, qui prouve quelque chose : à vous de dire lequel.
  • Conclure — il tire la conséquence (« donc », « ainsi »).

Découper : les connecteurs font le travail à votre place

Un découpage se justifie : « le texte bascule ici, parce que l'auteur cesse de décrire pour objecter ». Un découpage arbitraire — trois parties de longueur égale, ou un moment par paragraphe de l'auteur — se voit en trois secondes.

Paraphraser ou expliquer : le seul écart qui compte

Le texte dit : « L'homme est un animal social. »

Le test, imparable : si votre phrase disparaît sans que le lecteur perde quoi que ce soit, elle paraphrase. Une explication ajoute toujours une des trois choses suivantes : la définition d'un terme, la raison d'une affirmation, ou l'enjeu de la thèse.

La structure de la copie

Introduction (une quinzaine de lignes) : le thème ; la thèse en une phrase ; le problème sous forme de question ; l'annonce du mouvement, moment par moment, avec leur fonction. Pas d'accroche générale (« De tout temps, les hommes… »), pas de biographie de l'auteur.

Développement — linéaire, en suivant les moments annoncés. Pour chaque moment : citer brièvement entre guillemets (quelques mots, jamais trois lignes), dire ce que l'auteur affirme, définir les termes dès leur première apparition, et montrer pourquoi cette étape se trouve ici et pas ailleurs. Une explication qui pourrait être lue dans le désordre a manqué l'essentiel.

Discussion — facultative et brève, à la fin. Une objection précise, appuyée sur un cas ou un contre-exemple, vaut mieux qu'un paragraphe d'opinion. Sans idée solide, mieux vaut ne pas discuter : personne n'est pénalisé pour ne pas avoir critiqué un texte.

Conclusion : ce que le texte a établi, et ce que cela change quant au problème posé en introduction. Rien de neuf.

Un cas, du brouillon à la copie

Tout ce qui précède ne vaut que déroulé sur un texte. Soit celui-ci, au format exact d'un sujet :

« Renoncer à sa liberté c'est renoncer à sa qualité d'homme, aux droits de l'humanité, même à ses devoirs. Il n'y a nul dédommagement possible pour quiconque renonce à tout. Une telle renonciation est incompatible avec la nature de l'homme, et c'est ôter toute moralité à ses actions que d'ôter toute liberté à sa volonté. Enfin c'est une convention vaine et contradictoire de stipuler d'une part une autorité absolue et de l'autre une obéissance sans bornes. »

— Rousseau, Du contrat social, I, 4.

Le brouillon : les quatre questions

On n'a nommé aucun adversaire : l'objection combattue se reconstruit à partir du texte seul — c'est exactement ce que la consigne autorise.

Le découpage, et ce qui le justifie

Ici le découpage coïncide avec les phrases, mais ce n'est jamais ça qui le justifie : ce qui justifie une coupure, c'est le changement de fonction, pas le point final.

L'introduction, rédigée

Ce texte porte sur la liberté, envisagée sous un angle particulier : celui du contrat par lequel un homme y renoncerait. L'auteur y soutient qu'un tel engagement est nul — non pas injuste ou imprudent, mais dépourvu de validité —, parce qu'il détruit chez celui qui s'engage la qualité qui rendait son engagement possible. Le texte répond ainsi à une difficulté : si un homme est libre, il semble qu'il puisse disposer de sa liberté comme d'un bien, et donc l'aliéner ; peut-on, par un accord libre, cesser d'être libre ? Pour établir que non, l'auteur procède en quatre temps. Il pose d'abord l'équivalence entre renoncer à sa liberté et renoncer à son humanité. Il écarte ensuite l'idée que cette renonciation puisse être compensée par un avantage. Il en donne alors la raison : sans liberté de la volonté, il n'y a plus d'action morale, donc plus personne à qui un contrat puisse s'adresser. Il montre enfin que la convention d'obéissance absolue se contredit dans ses termes mêmes.

Une quinzaine de lignes, et les quatre attendus y sont : thème, thèse en une phrase, problème en question, mouvement annoncé avec la fonction de chaque moment. Pas d'accroche, pas de biographie, pas de « nous allons voir ».

Un moment expliqué, rédigé

L'auteur passe ici de l'affirmation à la preuve. La renonciation, dit-il, est « incompatible avec la nature de l'homme » : l'incompatibilité n'est pas une difficulté pratique mais une impossibilité de droit — il ne s'agit pas de dire qu'on ne peut pas se soumettre, ce que l'histoire dément à chaque page, mais qu'on ne peut pas s'y engager valablement. La raison tient dans la formule qui suit : « ôter toute moralité à ses actions que d'ôter toute liberté à sa volonté ». Une action n'est dite morale — bonne ou mauvaise, méritoire ou blâmable — que si son auteur pouvait faire autrement : c'est la liberté de la volonté qui rend l'acte imputable à quelqu'un. Un homme entièrement soumis n'accomplit donc plus d'actions au sens propre ; il exécute. On comprend rétrospectivement pourquoi le premier moment allait jusqu'aux devoirs : on attendait qu'un homme asservi perde des droits, on voit maintenant qu'il perd aussi ses obligations, puisqu'on ne doit rien quand on ne peut rien vouloir.

Relisez ce paragraphe en appliquant le test de la paraphrase : chaque phrase ajoute une définition, une raison ou un enjeu. Retirez-en une, il manque quelque chose au lecteur.

Discussion et conclusion, brèves

Discussion. On peut objecter que l'argument prouve trop : tout engagement durable — un contrat de travail, une promesse, l'obéissance aux lois — limite la volonté future sans qu'on en conclue à sa nullité. La réponse tient au mot « toute » : ce n'est pas la limitation de la liberté qui est visée, c'est son abandon sans reste, celui qui ne laisse plus de sujet capable de vouloir. Formulée, l'objection sert donc à préciser la thèse plutôt qu'à la ruiner — c'est le bon usage d'une discussion.

Conclusion. Le texte établit que la servitude consentie n'est pas un contrat défavorable : c'est un non-contrat. Au problème posé, il répond que la liberté n'est pas un bien parmi les biens dont l'homme disposerait — elle est ce qui le rend capable de disposer de quoi que ce soit, et rien ne peut donc s'échanger contre elle.

Aucune connaissance sur l'auteur n'a servi. Le mot « esclavage », qui est pourtant le titre du chapitre d'où le texte est tiré, n'a même pas été nécessaire pour comprendre de quoi il s'agit.

Les quatre heures, heure par heure

Si le texte vous paraît incompréhensible : la procédure de secours

Ça arrive, y compris à de bons élèves, et ce n'est pas une raison de changer de sujet à la deuxième heure. Dans l'ordre :

Une copie qui traite honnêtement trois moments sur quatre passe la moyenne. Une copie qui invente le quatrième descend en dessous.

Les erreurs qui coûtent le plus

Ce que le correcteur repère en trois minutes

Il cherche, dans cet ordre : une thèse formulée en une phrase claire dans l'introduction ; un problème posé en question ; un découpage annoncé et tenu ; et, dans le développement, des phrases qui ajoutent au texte au lieu de le redire. Une copie qui a ces quatre choses est déjà au-dessus de la moyenne, même sans érudition. Une copie brillante sur l'auteur mais sans thèse dégagée passe en dessous.

Teste-toi — 9 questions corrigées

Réponds sans regarder la fiche : la correction et l'explication s'affichent après chaque réponse.

  1. Expliquer un texte, c'est :

    Réponse : rendre explicite ce qu'il dit et comment il le démontre. Le texte fait autorité : on l'élucide, on ne le juge pas. Le résumé, lui, abrège sans rendre visible la démonstration — expliquer suppose de montrer pourquoi chaque étape appelle la suivante.
  2. La consigne officielle imprimée sous le texte, le jour de l'épreuve, précise que :

    Réponse : la connaissance de la doctrine de l'auteur n'est pas requise. « La connaissance de la doctrine de l'auteur n'est pas requise. Il faut et il suffit que l'explication rende compte, par la compréhension précise du texte, du problème dont il est question. » Cette phrase est le barème : elle vous dispense de tout cours sur l'auteur, et elle vous impose en revanche de dégager un problème.
  3. Face à un texte dont vous ignorez l'auteur, il faut :

    Réponse : expliquer le texte tel qu'il est. Le texte contient tout ce dont vous avez besoin. Plaquer un cours sur un auteur deviné est la faute la plus coûteuse : elle vous fait écrire à côté du texte. Et tenir une hypothèse jusqu'au bout, c'est écrire ce qu'on devine au lieu de ce qu'on comprend — un contresens tenu sur toute la copie coûte plus cher qu'une explication partielle mais exacte.
  4. Dans l'introduction, le « problème » du texte doit être :

    Réponse : une question à laquelle la thèse de l'auteur répond. Un texte philosophique répond toujours à une opinion, une objection ou une difficulté, même sans la nommer. Formuler le problème en question donne une direction à toute l'explication. Sans lui, la copie devient une suite de remarques justes qui ne vont nulle part : c'est ce qui sépare une copie moyenne d'une bonne.
  5. Le test pour repérer une paraphrase est :

    Réponse : si la phrase disparaît sans perte pour le lecteur. Reformuler n'est pas expliquer. Une explication ajoute toujours une des trois choses suivantes : la définition d'un terme, la raison d'une affirmation, ou l'enjeu de la thèse.
  6. Découper le texte en « moments », c'est :

    Réponse : identifier des étapes argumentatives et donner à chacune sa fonction. Un moment n'est pas un morceau de texte, c'est une étape de la démonstration : poser, justifier, objecter, illustrer, conclure. Le découpage se justifie dans la copie — « le texte bascule ici, parce que l'auteur cesse de décrire pour objecter » — et les connecteurs le signalent presque toujours.
  7. Les connecteurs logiques d'un texte servent à :

    Réponse : repérer le mouvement argumentatif. « Or », « mais », « donc », « en effet » portent la démonstration. Les négliger, c'est manquer la structure même du texte — et un squelette juste vaut mieux qu'un contenu inventé.
  8. Un texte affirme : « Renoncer à sa liberté, c'est renoncer à sa qualité d'homme, aux droits de l'humanité, même à ses devoirs. » Que doit faire l'explication du mot « même » ?

    Réponse : Y lire une gradation. Perdre ses droits, on s'y attendait ; perdre ses devoirs, non — et c'est précisément ce point que le correcteur attend qu'on explique. Les petits mots (or, même, donc, « si… c'est que ») portent le raisonnement : les laisser de côté, c'est expliquer le texte en creux.
  9. La discussion critique, à la fin de l'explication :

    Réponse : est facultative, et doit rester brève et argumentée. Personne n'est pénalisé pour ne pas avoir critiqué un texte : la discussion est un bonus, pas une partie attendue. Quand elle a lieu, une objection précise appuyée sur un contre-exemple vaut mieux qu'un paragraphe d'opinion.

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